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18-09-2026 0 commentaires

Il y a des files d’attente que l’on ne devrait jamais banaliser. Celles qui se forment devant les distributions alimentaires étudiantes en font partie. Dans un pays comme la France, une partie de la jeunesse n’a pas les moyens de se nourrir correctement. Elle doit donc renoncer à un repas complet et souvent à des produits frais parce que la fin du mois commence dès le 10.

 

La précarité étudiante est malheureusement une réalité structurelle qui se développe. Elle s’est installée dans le quotidien de nombreux jeunes : étudiants boursiers, alternants, étudiants étrangers, jeunes éloignés de leur famille, étudiants contraints de travailler tard le soir ou le week-end pour payer leur loyer, leurs transports, leur téléphone, leurs factures d’électricité, et ce qu’il reste pour se nourrir.

Car c’est bien là que se situe le problème : dans ce qu’il reste.

 

Une fois les dépenses contraintes payées, l’alimentation devient la variable d’ajustement. On rogne sur la qualité, puis sur la quantité. Le repas à 1 euro constitue une avancée utile, en apportant une réponse concrète et immédiate en termes de pouvoir d’achat. Mais il ne peut pas être considéré comme une réponse globale car tous les étudiants ne vivent pas à proximité d’un restaurant universitaire. Or, la précarité ne s’arrête ni le soir, ni le week-end, ni pendant les vacances, ni dans les territoires où l’offre de restauration étudiante reste limitée.

 

Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’un pays où réussir ses études dépend aussi de sa capacité à supporter la faim ou à organiser sa « débrouille ».

Il ne s’agit pas d’opposer ni de remettre en cause les dispositifs existants. Les restaurants universitaires sont indispensables, tout comme les associations d’aide alimentaire qui accomplissent un travail remarquable. Les initiatives locales, les épiceries solidaires, les dons agricoles, les mobilisations citoyennes apportent également des réponses précieuses. Mais l’urgence ne peut pas devenir une politique publique. La solidarité ne peut pas, à elle seule, porter durablement ce qui relève désormais d’un choix national.

 

C’est pourquoi le Collectif Amalté défend une réponse ambitieuse et concrète : sanctuariser un budget alimentaire dédié pour les populations les plus précaires, dont les étudiants en situation de pauvreté. Un soutien additionnel clair, ciblé, traçable, de 100 euros par mois leur permettant d’acheter uniquement des produits alimentaires avec une carte de paiement dédiée. Non pas une aide de plus dans un empilement illisible, mais un outil concret pour redonner à chacun une capacité minimale de choix et garantir que l’alimentation ne soit plus sacrifiée lorsque tout le reste a déjà été payé.

 

Notre approche présente quatre principaux mérites : 

  • Premièrement, elle ne se limite pas à compenser. Elle redonne du pouvoir d’agir, de choisir, de préserver un lien social et avec une alimentation normale. 
  • Deuxièmement, elle soutient les ménages, mais aussi les filières alimentaires, les producteurs, les distributeurs et les territoires. Elle fait le lien entre justice sociale et souveraineté alimentaire. 
  • Troisièmement, elle fonctionne. D’autres pays[1] ont mis en place des programmes similaires depuis des décennies, avec des résultats concrets. Des initiatives similaires ont été menées en France[2] avec des résultats également très positifs.
  • Quatrièmement, elle est finançable. Nous avons conçu un modèle de financement responsable qui permet de financer la création d’un tel programme, tout en œuvrant, par le biais du levier de la taxe sur les transactions financières, à limiter les comportements spéculatifs sans réelle création de valeur, de liquidités et de stabilité.

Il est un fait qu’on ne saurait remettre en question : Un pays ne peut pas prétendre à la souveraineté alimentaire si une partie grandissante de sa population n’a plus les moyens d’accéder correctement à l’alimentation qui y est produite. De la même manière, il ne peut pas y avoir de politique agricole ambitieuse si l’on accepte, en bout de chaîne, que les agriculteurs soient de plus en plus fragilisés et en tension. 

 

La précarité étudiante doit nous alerter parce qu’elle parle de notre avenir commun, des fondations indispensables, mais fragilisées, sur lesquelles notre pays s’appuiera demain si rien n’est entrepris pour les sécuriser. Nous avons besoin d’un changement de stratégie et de politique. L’alimentation ne peut plus être traitée comme une politique et une dépense secondaires. Elle constitue un socle non négociable de santé, de dignité, de réussite et d’autonomie, sans compter les nombreux bienfaits et externalités positives qu’elle génère pour l’ensemble de la société, de nos territoires et des agriculteurs.

 

Personne ne construit pas son avenir le ventre vide. Et la France ne prépare pas le sien en laissant sa jeunesse arbitrer entre étudier, se loger et manger.

 

Bastien Gibert


 


[1] Etats-Unis (programme SNAP), Indonésie (programme BPNT), Argentine (Tarjeta Alimentar), Philippines (Food stamp program), Espagne (ESF+), Chili (BAES), Corée du Sud (Agri-voucher program).

[2] https://seinesaintdenis.fr/actualite/solidarites-sante/VitalIm-efficace-contre-la-precarite-alimentaire/